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  n° 52  -  février 2012
Accueil > Le magazine nº 52 > Dossier > Terrain - ISSN 1955-2742
 

Un avenir

sans faim

> Terrain
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« Se baser sur la réalité,
et non sur des hypothèses théoriques »

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Louis-Georges Soler /
Directeur de recherche à l'Inra

À destination du grand public et des industriels, les résultats d’une étude sur l’impact carbone des régimes alimentaires apportent un éclairage nouveau. Rencontre avec Louis-Georges Soler, directeur de recherche à l’Inra*.

Pourquoi avoir lancé en partenariat avec l’ADEME cette étude sur l’impact carbone des régimes alimentaires selon leur qualité nutritionnelle ?
Louis-Georges Soler : L’ADEME est, entre autres, spécialiste des méthodologies de caractérisation des impacts environnementaux des produits agricoles, en particulier des émissions de gaz à effet de serre (GES). Nos compétences sont donc complémentaires et permettent de prolonger les études existantes, qui portent seulement sur certaines catégories de produits, alors que notre démarche se veut novatrice par son approche transversale. Les résultats doivent, à terme, nourrir des recommandations, auprès du grand public et des industriels, notamment.

Sur quels critères avez-vous structuré cette approche ?
L.-G. S. : Nous avons souhaité raisonner sur l’ensemble de l’alimentation, en nous basant sur la réalité et non pas des hypothèses théoriques. Nous avons donc travaillé sur un panel de 1 918 individus qui nous a permis de connaître la consommation alimentaire journalière. L’innovation a consisté à classer les régimes alimentaires en fonction de leur qualité nutritionnelle, sur la base de trois indicateurs reconnus.

Quelles sont les principales conclusions de vos travaux ?
L.-G. S. : L’étude montre que l’impact carbone lié à l’alimentation est d’environ 4  kg eq CO2/j, ceci sans tenir compte des activités de transport, conservation ou préparation par le consommateur. Elle met en évidence l’importance d’une approche globale de l’alimentation. D’un côté, un accroissement de la consommation de fruits et légumes et une diminution de la consommation de produits carnés améliorent la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires. Mais, d’un autre côté, la quantité de fruits et légumes nécessaire pour obtenir le même apport calorique réduit sensiblement le bénéfice environnemental associé à la réduction de la consommation carnée. Ce qui démontre, si l’on croise la valeur nutritionnelle et l’impact environnemental, que ce n’est pas uniquement la nature de ce qui est consommé (viande ou légume par exemple) qui importe, mais également la quantité totale d’aliments consommés… /

*Institut national de la recherche agronomique


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Les circuits courts sont-ils moins émetteurs de GES ?

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Les circuits courts permettraient de réduire les émissions de GES, sous réserve de respecter certaines conditions.

Rapprocher le producteur du consommateur est un des arguments avancés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une récente étude montre le potentiel de certains circuits courts de proximité dans le cas du maraîchage.

Selon l’étude engagée par l’ADEME sur les produits maraîchers, les circuits courts de proximité réduisent l’impact sur le changement climatique dès lors que certaines conditions d’optimisation sont respectées, notamment en termes de transport. Les travaux, réalisés en 2010 par deux bureaux d’études spécialisés, portaient sur quelques circuits courts marchands (vente à la ferme, Amap…) et non marchands (jardins familiaux et collectifs…) dans les huit départements de la région Midi-Pyrénées. Une donnée géographique essentielle, puisque, comme l’indique Jérôme Llobet, ingénieur à l’Agence, « compte tenu des conditions climatiques locales, la production de légumes ne nécessite pas le recours à des serres chauffées qui nuiraient fortement au bilan global d’émissions de GES  ». Si les résultats mettent en évidence une grande diversité de situations, ils démontrent cependant des bienfaits environnementaux potentiels, mais également des bénéfices sur le plan économique et social : développement local, émergence de nouveaux modes de consommation… Autant d’éléments en cohérence avec le plan porté par le ministère de l’Agriculture visant à promouvoir la culture biologique et les circuits courts. /