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  n° 83  -  mars 2015
Accueil > Le magazine nº 83 > Ça vous concerne - ISSN 1955-2742
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Rénovation de l’habitat,
une dynamique renforcée

Bruno Lechevin /
Président de l’ADEME

En 2013 était lancé un ambitieux programme de rénovation de l’habitat. Qu'introduira en plus la loi sur la transition énergétique ?
Bruno Lechevin :
Le chapitre sur l’habitat et sa rénovation est une partie essentielle du texte de loi. D’ailleurs, il a été enrichi par son passage en commissions et grâce à des amendements tant parlementaires que gouvernementaux : mise en place d’un service public dédié à l’efficacité énergétique, de possibilités de tiers-financement, création de fonds de garantie, mise en perspective et orientation des certificats d’économie d’énergie, création d’un prêt hypothécaire viager… Et, bien entendu, création d’un chèque énergie et accent mis sur les publics modestes dans diverses dispositions. Citons également un élément du texte qui me semble tout particulièrement structurant pour l’avenir : le texte oblige l’État à définir une stratégie nationale détaillée (état des lieux, politiques, programmes d’actions) pour atteindre les objectifs bâtiment à l’horizon 2050, avec la remise d’un rapport au Parlement tous les cinq ans.
Quant aux Régions, elles se voient confier le rôle de définir un programme régional pour l’efficacité énergétique (PREE) pour le résidentiel et le tertiaire privé. Le PREE inclut le déploiement des plateformes, dont la mise en œuvre est notamment confiée aux établissements  publics de coopération intercommunale (EPCI) – seuls ou groupés. Et le service public de l’efficacité (ou de la performance) énergétique s’appuie sur un réseau de plateformes territoriales de la rénovation énergétique, en charge, sur le terrain, d’accompagner les ménages. Des clarifications qui ne peuvent qu’accroître notre efficacité collective, chacun sachant plus précisément ce que l’on attend de lui !

Pourquoi l’objectif de 500 000 rénovations serait-il plus atteignable demain qu’il ne l’était hier ?
B. L. : L’objectif des 500 000 rénovations est réaffirmé : ceci marque la détermination du gouvernement alors que tous ont conscience, ici comme ailleurs, du caractère ambitieux de cet objectif au regard de la situation actuelle du marché qui prête peu à l’optimisme. Néanmoins, rappelons que c’est sur cet objectif de rénovation que repose notre capacité à atteindre le Facteur 4 du fait, d’une part, de l’importance du bâtiment dans la consommation totale d’énergie (44 % de l’énergie finale consommée en France) et, d’autre part, du faible renouvellement du parc (moins de 1 % par an) qui conduit au fait que 60 % des bâtiments de 2050 existent déjà : l’enjeu est donc clairement sur la rénovation. Alors pourquoi ce qui n’a pas marché jusqu’ici marcherait demain ? Avantages fiscaux, accompagnement par les plateformes territoriales, tiers-financement, éco-conditionnalité RGE… Jamais une palette d’outils aussi complète n’avait été mise en place : la dynamique qui l’a créée et la porte aujourd’hui encore est symbolisée par cet objectif des 500 000, quel que soit son degré effectif d’atteignabilité. Rappelons d’ailleurs que sur cet objectif de 500 000 rénovations, 380 000 sont des logements privés et que les derniers résultats de l’enquête OPEN (Observatoire permanent de l’amélioration énergétique du logement) témoignent malgré tout d’une bonne dynamique dans un contexte économique difficile puisque, en 2013, ce sont 265 000 logements du parc privé qui ont été rénovés.

Les plateformes apparaissent comme un élément central pour informer les ménages, mais qu’apporteront-elles par rapport à l’existant ?
B. L. : Les plateformes, c’est la rénovation des bâtiments en action ! C’est compléter l’action des PRIS (Points rénovation info service), dont on sait à la fois l’importance mais aussi la limite actuelle  : ils interviennent essentiellement sous forme de conseils en amont. L’objectif des plateformes est triple : il s’agit d’accompagner de A à Z les ménages, de mobiliser les professionnels du bâtiment ainsi que les organismes financiers. Ce sera un soutien supplémentaire à la mobilisation des professionnels et au dispositif RGE, avec plus de 35 000 entreprises actuellement RGE en France et plus de 4 000 adhésions supplémentaires par mois. Les plateformes de rénovation énergétique de l’habitat contribuent à préfigurer le service public de la performance énergétique comme le décrivent les textes de loi en cours. Les plateformes territoriales de la rénovation énergétique constituent ainsi un maillon essentiel de la dynamique engagée pour atteindre l’objectif des 500 000 logements. Les appels à manifestations d’intérêt lancés par l’ADEME avec les Régions en 2014 portent leurs fruits et les territoires se mobilisent pour construire des solutions innovantes, à même de lever les freins à la rénovation énergétique des logements. À l’ADEME, nous accompagnons actuellement plus d’une quarantaine de plateformes sur toute la France et notre objectif est d’atteindre les 100 fin 2015. De telles expériences ont déjà fait leurs preuves : on peut citer Tinergie à Brest, Vir’volt à Saint-Brieuc ou Mur/Mur à Grenoble. Toutes ces initiatives sont nées d’une volonté politique de mobiliser les acteurs de l’habitat et du secteur bancaire pour stimuler et accompagner les particuliers tout au long de leur projet de rénovation : elles préfiguraient le déploiement à grande échelle que nous portons aujourd’hui. /