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  n° 82  -  février 2015
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Repensons

les pratiques agricoles 

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Concilier performance économique et environnement

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L’agriculture est vecteur de gaz à effet de serre, mais elle peut compenser une partie de ses émissions en stockant du carbone dans les sols et la biomasse.

L’agriculture, tout comme les autres secteurs de l’économie française, doit repenser ses pratiques pour contribuer à la transition écologique et énergétique. L’enjeu est primordial pour l’ensemble des acteurs des filières agricoles et alimentaires.

Agriculteurs, coopératives agricoles, industries agroalimentaires... tous ces acteurs ont conscience des enjeux actuels de développement durable, qui doivent associer performance économique, productivité et respect de l’environnement. « Ces défis sont d’autant plus importants que le monde agricole vit une mutation importante avec, en France, une baisse de 26 % du nombre d’exploitations agricoles entre 2000 et 2010 », explique Thomas Eglin, ingénieur au service Agriculture et Forêt de l’ADEME. Au-delà, il faut constater une forte tendance au regroupement des exploitations, une hausse du prix des intrants et une compétition économique croissante entre les pays sur de nombreux produits agricoles comme les viandes de volaille et de porc. Essentiel pour nourrir la planète – peuplée de plus de 9 milliards d’habitants à l’horizon 2050 selon les prévisions de l’ONU –, le secteur agricole est aussi l’un des premiers émetteurs de gaz à effet de serre (GES) en France (20 % des émissions). Ce secteur est donc confronté à de multiples enjeux en interaction : réduction des émissions de GES, de la pollution de l’air et des consommations d’énergie, préservation de la qualité des sols, de l’eau et de la biodiversité, adaptation au changement climatique tout en maintenant la compétitivité des filières.

ÉCONOMIE D’INTRANTS ET DÉVELOPPEMENT DES ÉNERGIES RENOUVELABLES
« Certains de ces enjeux ne sont pas nouveaux, rappelle Sophie Debarge, ingénieure à l’ADEME Pays de la Loire. Des thématiques comme l’impact des activités agricoles sur la qualité de l’eau, due entre autres au nitrate, au phosphore et aux produits phytosanitaires, sont débattues depuis plus de vingt ans. » Il faut toutefois considérer aussi que les activités agricoles – occupant 55 % de la superficie de la France – ont de nombreux aspects positifs comme l’indique Thomas Eglin : « L’agriculture est vecteur de gaz à effet de serre, mais elle peut compenser une partie de ses émissions en stockant du carbone dans les sols et la biomasse. Par ailleurs, elle dispose d’un fort potentiel pour contribuer à l’essor des énergies renouvelables (EnR), qu’il s’agisse de la méthanisation ou de la production de biomasse-énergie notamment par le développement de l’agroforesterie et des haies. » Des perspectives qui rejoignent l’objectif du projet de loi sur la transition énergétique d’atteindre -40 % d’émissions de GES à l’horizon 2030. Ces objectifs environnementaux croisent aussi des impératifs économiques et sociaux. « Un sol appauvri est synonyme de perte de rentabilité. En parallèle, la diminution des intrants* permet de réaliser des économies sans fatalement réduire les rendements et de minimiser les impacts sur les milieux naturels. »
De nombreuses solutions existent pour conjuguer harmonieusement la pérennité économique du système agricole français et les problématiques environnementales. « Un dosage adapté des apports d’azote aux cultures et aux animaux permet de réduire le budget consacré à la fertilisation et à l’alimentation animale », explique Thomas Eglin. Autre piste : une meilleure valorisation des effluents d’élevage permettrait, d’après l’Inra, de réduire le recours à l’azote de synthèse de 15 à 20 kg par hectare, en moyenne. Le développement des légumineuses dans les rotations et les prairies est aussi une solution à retenir car elle permet de fixer naturellement l’azote de l’atmosphère (N2). 

DES PROJETS INNOVANTS 
Ces initiatives ne doivent pas être perçues comme contraignantes pour les exploitants, mais au contraire les amener à une autre réflexion sur leurs systèmes de production. Elle consisterait à ne plus considérer des valeurs de rendement d’une année sur l’autre mais à envisager des performances économiques sur des cycles plus longs, de cinq ans par exemple. En fondant sa fertilisation sur des objectifs de rendements moyens plutôt que maximaux, un agriculteur peut limiter sa production en année faste, mais réduire ses charges les mauvaises années climatiques ou en cas de chute des prix et contribuer à réduire la pression parasitaire. Ce raisonnement peut être payant dans un contexte où le climat est plus variable et les prix plus volatils. Méthaniser les effluents d’élevage ou dédier une part de la surface agricole à la production de bois (agroforesterie et haies) sont aussi des options permettant de diversifier les productions de l’exploitation tout en étant favorable à l’environnement. Cela est particulièrement vrai si elles s’intègrent dans le fonctionnement du reste de l’exploitation. Par exemple, la méthanisation peut favoriser l’utilisation de l’azote organique pour les cultures et la présence d’arbres peut limiter les stress thermiques pour les cultures ou les animaux à la pâture. Ces solutions, mises en avant par l’ADEME dans le cadre de ses fiches pratiques, trouvent un écho favorable auprès d’un nombre croissant d’agriculteurs. « Même si le paramètre économique prévaut, la prise de conscience des exploitants et des coopératives est bien réelle et soutenue par des projets », détaille Thomas Eglin. Le groupe coopératif In Vivo a ainsi élaboré un projet de « Crédit Carbone » basé sur la plantation par ses sociétaires de légumineuses avec, à la clé, une redistribution des bénéfices aux agriculteurs. La coopérative Terrena a adopté un projet similaire, AgriCO2 (lire page 12). Des projets innovants qui doivent également s’accompagner d’une démarche allant vers l’économie circulaire... / 

* C’est l’ensemble des produits nécessaires à l’exploitation agricole (engrais, produits phytosanitaires, carburant…). 

 

32 millions

de tonnes équivalent CO2 par an pourraient, selon l’Inra et l’ADEME, être évitées à l’horizon 2030, sur la base de 10 mesures techniques préconisées par les deux organismes.
Source : ADEME

 
 

25 %

des émissions de N20 (protoxyde d’azote) pourraient être réduites par une utilisation raisonnée des fertilisants azotés.
Source : ADEME

 
 

97,5 %

des émissions nationales d’ammoniac – contribuant à l’eutrophisation des milieux naturels et à la formation de particules fines dans l’atmosphère – sont issues du secteur agricole.
Source : ADEME