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  n° 81  -  janvier 2015
Accueil > Le magazine nº 81 > Dossier > Contexte - ISSN 1955-2742
 

Outre-mer,

le grand potentiel

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Outre-mer, l’avant-garde de
la transition énergétique

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Avec un coût de production cinq à dix fois plus élevé qu’en Métropole, le coût de revient de l’énergie est un élément majeur en Outre-mer.

Des Antilles à l’Amérique du Sud, du Pacifique à l’Océan indien et jusqu’à l’Antarctique, la France d’Outre-mer est plurielle, associant de multiples spécificités culturelles, géographiques, climatiques et politiques. À la pointe dans les énergies renouvelables et résolument orientés vers la maîtrise des consommations, ces territoires participent pleinement à la transition énergétique.

Aussi divers soient-ils, les territoires d’Outre-mer* ont cependant une caractéristique commune  : ce sont tous des îles, excepté la Guyane, à la frontière du Brésil et du Suriname. « C’est un environnement très spécifique, car ces territoires ne sont pas interconnectés avec d’autres pays ou régions pour assurer leur approvisionnement énergétique. La Guyane est elle-même séparée des États qui l’entourent et doit aussi compter sur des ressources produites localement ou, pour les hydrocarbures, importés », détaille Guy Fabre, directeur de l’Action régionale Sud et Outre-mer de l’ADEME. L’approche des questions énergétiques dans les départements et collectivités d’Outre-mer (DOM-COM) est donc radicalement différente de celle de la Métropole, où près de 80  % de l’électricité est issue du nucléaire. « Les DOM-COM sont encore largement dépendants des “fossiles” (fioul et charbon) pour produire de l’électricité, constate Guy Fabre. Ce qui induit un contenu carbone très élevé : de 300 à 800 mg CO2/kWh, contre 50 en Métropole. Ceci explique les exigences très fortes du Grenelle de l’Environnement, qui fixait comme objectif pour ces territoires d’atteindre l’autonomie énergétique en 2030. »

MAÎTRISER LA DEMANDE EN ÉNERGIE
Au-delà du contenu carbone, le coût de revient de l’énergie est aussi un élément majeur. Le kilowattheure produit dans les Outre-mer est, selon les territoires, cinq à dix fois plus cher qu’en Métropole. Grâce aux dispositifs fiscaux mis en place, notamment la Contribution aux Charges de Service Public de l’Électricité (CSPE), les Ultramarins peuvent ainsi payer le courant au même tarif que les consommateurs de l’Hexagone. Autres facteurs différenciants : la situation géographique et le climat. La quasi-totalité des habitants des territoires des Outre-mer (excepté Saint-Pierre-et-Miquelon et certaines zones de La Réunion) vit sous des latitudes où le besoin de « froid » – issu de systèmes fonctionnant à l’électricité – prime largement sur les nécessités de chaleur. La mobilité est un autre facteur déterminant avec, compte tenu des caractéristiques locales, des réseaux de transports collectifs qui restent à développer. Face à ces problématiques, la maîtrise de la demande en énergie (MDE) est impérative et l’ADEME la favorise. « Nous travaillons au plus près des consommateurs – particuliers, entreprises, collectivités – avec, comme nous le faisons en Métropole, des relais tels que les Espaces Info-Énergie (EIE), les chambres de commerce et d’industrie, les chambres d’artisanat, les acteurs du secteur agricole, etc. », commente Guy Fabre. Les actions de l’Agence se doublent de programmes de sensibilisation, notamment dans le secteur du bâtiment, pour encourager des pratiques ancestrales de rafraîchissement de l’air (ventilation naturelle traversante, entre autres), alternative à la climatisation fortement énergivore.

FAIRE VALOIR LES RESSOURCES NATURELLES
La maîtrise de la demande en énergie est associée au développement des énergies renouvelables (EnR). L’enjeu est double : consommer moins d’énergie, et surtout une énergie plus sobre. Dans ce domaine, les territoires d’Outre-mer bénéficient de nombreux atouts. Les ressources éoliennes sont présentes sur l’ensemble des DOM-COM, sauf en Guyane, qui compense par des capacités de production hydrauliques massives lui permettant d’atteindre près de 70 % d’énergies renouvelables dans son bouquet énergétique. L’énergie des mers est exploitée à La Réunion, en Guadeloupe et en Polynésie Française, en particulier pour produire du froid en tirant profit des eaux profondes à très basse température. Dans les Caraïbes, la géothermie est une ressource essentielle, tandis que la Guadeloupe, la Guyane, La Réunion et la Nouvelle-Calédonie peuvent compter sur la biomasse.

UNE VITRINE TECHNOLOGIQUE
« Chacun des territoires ultramarins bénéficie donc de fortes potentialités. Cependant, la production d’électricité renouvelable est aussi dépendante de la structure du réseau, qui n’accepte que 30 % d’EnR intermittentes, afin de ne pas fragiliser la qualité de service », souligne Guy Fabre. Malgré ces contingences techniques, le taux d’énergies renouvelables en Outre-mer dépasse largement celui de la Métropole. « Nous avons, en France métropolitaine, beaucoup à apprendre des initiatives prises dans ces territoires, qui sont très concernés par les enjeux climatiques, les problématiques de réchauffement de la planète. Ainsi, la maîtrise des consommations d’énergie ainsi que des ressources et de la matière à travers l’économie circulaire relève déjà de comportements nécessaires », conclut Guy Fabre. Enfin, pleinement engagés dans la transition énergétique et écologique, les Outre-mer sont aussi vecteurs de développement économique, en faisant partager aux États voisins le savoir-faire français en matière d’efficacité énergétique et de production d’énergie « verte ». L’Outre-mer, une vitrine technologique sur le monde. /

* L’ADEME est présente dans six départements et collectivités d’Outre-mer, via ses directions régionales (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion) ou via des représentations territoriales (Mayotte, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon et Nouvelle-Calédonie).

 

65 %

C’est le poids du secteur des transports dans les consommations finales d’énergie en Guadeloupe, par exemple, contre 29 % dans le bilan national.
Source : ADEME

 
 

1/3

des consommations d’énergie en Guyane sont destinées au froid et à la climatisation.
Source : ADEME

 
 

67 familles

ont participé au Défi Familles à Énergie Positive en Martinique pendant cinq mois en 2014 (20 % d’économie d’énergie réalisées, soit 130 € gagnés sur la facture annuelle).
Source : ADEME