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  n° 81  -  janvier 2015
Accueil > Le magazine nº 81 > Ça vous concerne - ISSN 1955-2742
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Réduire de 17 % l’empreinte carbone totale de la consommation d’ici à 2030,

c’est possible !

BRUNO LECHEVIN /
Président de l’ADEME

Vous venez de rendre publique une étude prospective sur l’impact environnemental des évolutions de la consommation. Qu’apporte-t-elle de nouveau par rapport aux précédents travaux prospectifs de l’Agence  ?
Bruno Lechevin : Cette étude constitue le quatrième volet de nos travaux prospectifs 2030-2050, que nous avons initiés en 2012 et qui ont largement contribué à enrichir le débat sur la transition énergétique. Elle est consacrée aux changements techniques, économiques et sociaux souhaitables sous l’angle moins étudié de la consommation des ménages. Par rapport aux précédents travaux, il s’agissait aussi d’établir un état des lieux de l’ensemble des impacts environnementaux dus à la consommation, en intégrant ceux générés hors de France par les produits importés.

En fonction des hypothèses retenues, le résultat d’ici à 2017 serait une réduction globale de l’empreinte carbone de 17 %. N’est-on pas loin de l’objectif de réduire par 4 les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 ?
B. L. : Ce résultat peut paraître en deçà de certains engagements comme le Facteur 4 d’ici à 2050, mais notre périmètre d’étude inclut pour la première fois les impacts des importations (qui représentent plus de 40 % des émissions), alors que les engagements ne portent que sur les émissions qui ont lieu sur le territoire français. De plus, notre année de référence étant 2007, l’estimation d’une baisse de moins de 17 % a été calculée sur une période de moitié inférieure à celle de l’objectif du Facteur  4. De fait, en tenant compte de l’augmentation démographique, cette baisse correspond à une diminution de près de 25 % de l’empreinte carbone par personne. Les autres impacts environnementaux évalués dans cette étude sont quant à eux faiblement décroissants ou stables : - 2 % pour l’acidification des sols et de l’eau, - 4 % pour l’oxydation photochimique et une relative stabilité pour la production de déchets.


«  L'interdiction de
l'obsolescence programmée
constitue une avancée
symbolique. »

Dans quels secteurs la réduction de l’empreinte carbone est-elle la plus sensible, selon vos hypothèses ?
B. L. : Dans l’habitat et la mobilité, les secteurs les plus énergivores, on enregistre respectivement une baisse conséquente de l’ordre de 35 % et de 25 %. Dans l’alimentation et la consommation de produits non alimentaires, la diminution est inférieure à 10 %. Pour le secteur de l’habitat, nous avons retenu les objectifs annuels de 500 000 logements rénovés et de 500 000 logements neufs et performants d’ici à 2017. Nous avons également prévu le doublement des constructions neuves en bois d’ici à 2030, ainsi que la réduction à 50 % de la part des maisons individuelles au profit du petit collectif. Dans le domaine de la mobilité, nous prévoyons une part de marchés de 10 % de véhicules électriques et de 22 % de véhicules hybrides. Nous misons sur le développement des transports en commun (28 % des déplacements en 2030) et sur celui des véhicules en autopartage, en location ou en covoiturage (10 % des déplacements urbains en 2030). En matière d’alimentation, le gaspillage alimentaire, qui représente aujourd’hui un tiers tout au long du cycle de vie, devrait être réduit de 60 % et le rééquilibrage des régimes alimentaires devrait favoriser les produits de saison et les ressources locales. La consommation des produits non alimentaires serait, elle, marquée par l’allongement de la durée de vie des équipements électriques et électroniques (+ 20 %) et par une diminution de la consommation électrique (- 22 %).

Les hypothèses renvoient à des changements profonds de mentalité et à de nouvelles pratiques d’organisation sociale. Comment voyez-vous la généralisation de ces évolutions encore marginales ?
B. L. : Le passage d’une culture du quantitatif à une culture du qualitatif, du durable et du recyclage implique un changement de notre rapport à l’objet et à sa possession. Nous n’en sommes qu’au début et beaucoup de progrès restent à faire pour rompre avec la logique productiviste. Mais sous le double effet de la prise de conscience environnementale et de la crise, nous sommes en train de changer de paradigme en douceur. L’interdiction de l’obsolescence programmée, prévue dans le projet de loi sur la transition énergétique, constitue en ce sens une avancée symbolique. Indépendamment des évolutions technologiques vertueuses en matière environnementale, le refus du gaspillage au profit de la durabilité des produits (recyclage, réparation…), le développement du multi-usage et des services mutualisés préfigurent un mode de consommation durable et solidaire bénéfique au plus grand nombre. Le développement de ces pratiques implique l’émergence concomitante d’un nouveau modèle économique, où l’on produira et consommera différemment et plus sobrement. D’ores et déjà, l’ADEME travaille à leur généralisation en favorisant les expérimentations de terrain, qui enrichissent sa réflexion sur une nouvelle forme d’ingénierie sociale. /

     
  Scénario pour 2030, ambitieux mais réaliste  

 

L’ADEME a publié un scénario à l’horizon 2030 d’une consommation plus respectueuse de la planète et plus économe en ressources. À partir d’hypothèses ambitieuses, mais réalistes par rapport aux tendances de consommation observées actuellement et en référence aux objectifs fixés par la loi de transition énergétique, ce scénario montre qu‘il est possible de réduire d’environ 17 % l’empreinte carbone totale de la consommation des Français d’ici 2030. Ce qui, du fait de l’évolution démographique, correspond à 25 % par ménage.

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