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  n° 80  -  novembre 2014
Accueil > Le magazine nº 80 > Dossier > Actions - ISSN 1955-2742
 

Déchets,

un enjeu de poids

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“La prévention est la
première priorité”

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MARC CHEVERRY /
Chef du service Mobilisation et Valorisation des déchets de l’ADEME

Marc Cheverry revient sur les différentes actions de l’Agence développées dans le cadre du Fonds Déchets.

La prévention a été l’une des priorités du Fonds Déchets 2009-2013. Comment les actions de l’ADEME se sont-elles concrétisées dans ce domaine ?
Marc Cheverry : La prévention est la première priorité des politiques française et européenne, et elle répond à une demande très forte du monde associatif, relayée par le Grenelle de l’Environnement. Dès 2009, l’ADEME a proposé un contrat d’objectif aux collectivités locales pour mettre en place des initiatives spécifiques avec une aide financière leur permettant de mener des actions de sensibilisation, de communication, de faciliter le recrutement de chargés de mission… Tout ceci avec un objectif clairement affirmé : réduire de 7% la quantité d’ordures ménagères résiduelles produites par habitant en cinq ans.

Où en est ce contrat d’objectif aujourd’hui ?
M.C. : Il est réaffirmé avec de nouveaux jalons. L’ADEME a ainsi largement contribué à alimenter les réflexions du Conseil national des Déchets qui ont abouti à la publication, en août dernier, du Programme national de prévention des déchets 2014-2020. L’Agence dresse aussi un bilan des actions menées et des attentes en matière de prévention des déchets des ménages, avec pour but de renforcer la gestion des déchets alimentaires ou de jardin, et la mise en place d’actions en amont visant à sensibiliser les consommateurs lors de leurs achats. Cela se traduit notamment par des campagnes d’affichage et des contrats de partenariat avec les professionnels de la grande distribution. Une deuxième version du contrat d’objectif doit voir le jour fin 2015. Plus ambitieuse, elle doit prendre le relais des projets déjà engagés et ouvrir de nouveaux horizons à une meilleure prévention des déchets issus d’activités professionnelles.

En parallèle aux contrats d’objectifs pour la prévention, l’ADEME a mis à disposition de ses différentes cibles des outils méthodologiques. Quels sont-ils ?
M.C.: Nous avons conçu un guide spécialement dédié aux collectivités afin qu’elles puissent, ainsi que leurs chargés de missions, organiser au mieux les actions à entreprendre et bénéficier d’indicateurs de suivi des résultats. La formation des élus est aussi un axe essentiel. Au travers d’une animation régionale ou nationale, les bonnes pratiques sont recensées sur le site OPTIGEDE, offrant à chacun l’opportunité de les partager.

La tarification incitative est un des leviers essentiels de la réduction des déchets. Comment l’ADEME intervient-elle dans ce domaine?
M.C.: Connaître le coût de gestion des déchets est un enjeu majeur à l’échelle nationale, mais aussi pour les collectivités locales. L’Agence a développé avec différentes collectivités pilotes un outil de suivi et d’analyse basé sur les principes de la comptabilité analytique. Notre rôle consiste à le diffuser largement, avec un soutien de formation. À partir de cette connaissance, notre ambition a aussi été d’accompagner, avec des guides méthodologiques et un soutien financier, les collectivités dans la mise en œuvre d’une tarification incitative selon la quantité de déchets produits, avec un objectif de 15 millions d’habitants couverts en 2020.

Qu’en est-il de la valorisation des déchets organiques et de la méthanisation ?
M.C.: Il s’agit tout d’abord de mieux identifier les gisements non valorisés (des ménages, de la restauration et de la distribution, ou du monde agricole) et d’accompagner les territoires pour accueillir ces déchets en soutenant l’amélioration des installations de compostage adaptées notamment aux déchets verts, ou la création d’unités de méthanisation pour les déchets alimentaires, les effluents d’élevage ou des résidus de récolte. Concernant le développement de cette dernière filière, l’ADEME propose en complément des guides dédiés au montage de projets, le suivi et l’évaluation des premières opérations, et organise des travaux de recherche faisant le lien entre les constructeurs et l’analyse des besoins provenant de nos directions régionales. L’enjeu final est de bâtir un modèle français limitant le recours à des cultures à vocation énergétique.

L’optimisation ou la création de nouvelles capacités de valorisation est également dans vos priorités…
M.C. : Oui, et principalement avec la création de centres de tri des déchets d’entreprises et des ménages, pour accroître la part de matériaux recyclés. Notre action porte également sur le développement de filières spécifiques et de dispositifs de collecte sélective. Enfin, nous accompagnons des travaux exploratoires (études, recherches, opérations pilotes), afin de valoriser en énergie les déchets non recyclables.

Les déchets ménagers et assimilés sont une réelle problématique en Outre-mer. Comment intervient l’ADEME?
M.C.: La question des déchets en Outre-mer est différente de celle posée en métropole. Nous soutenons la création « d’infrastructures de base », afin de s’assurer que la collecte des déchets est organisée auprès des habitants et que ces déchets sont traités dans des installations aux normes européennes. Il est aussi nécessaire de garantir qu’existent des moyens humains et de financement public (levée de la TEOM ou de la redevance d’utilisation du service public de gestion des déchets) suffisants pour assurer le fonctionnement et le renouvellement des infrastructures. L’ADEME mène en Outre-mer une politique ambitieuse permettant d’assurer une transition plus durable vers une économie circulaire et qui porte ses fruits, comme le montre l’exemple de la Guadeloupe (lire article Terrain de ce numéro). /